DÉPRESSION POST PARTUM

Sujet douloureux. Pour moi, le plus dur à rédiger.

Saleté de maladie qui me happe, qui m’étouffe, qui m’empêche d’avancer. Et dont je n’avais jamais entendu parler…

Qui s’immisce dans ma vie, je ne la sens pas arriver. Je ne la vois pas venir.

Je sens que quelque chose ne va pas, je ne suis pas maître de mes émotions . Je suis sur le fil du rasoir, à tout moment tout peut basculer.


Je suis à fleur de peau, je ne supporte plus m’occuper de cet enfant qui pleure, de cet enfant qui me demande alors que je suis incapable de respirer, qui me sollicite pour manger pour jouer pour vivre.

Devoir penser pour deux, tout le temps. M’oublier, pour ne penser qu’à lui.

 Ne plus penser à ce que je veux, ce dont j’ai besoin. Ne plus savoir. Ne plus ressentir la faim, ne plus me laver, ne plus avoir aucune envie, aucune émotion.

Ne vivre que pour lui, à travers lui.

Je lui en veux, terriblement.

 Mais lui en vouloir de quoi ? D’avoir été conçu ? D’avoir été désiré? D’avoir été ma plus grande réussite ?

Alors je culpabilise. Je me dis que je suis une mauvaise mère, que je ne mérite pas cet enfant…

Mon mari ne me comprends pas:

Comment je peux être fatiguée alors que je suis toute la journée à la maison, que je peux dormir quand il fait ses siestes, que je n’ai rien d’autre à faire que de m’occuper de notre enfant?
« Et puis le baby blues, à la maternité, ils nous ont dit que ça allait durer trois, quatre jours. Là ça fait trois, quatre mois. Arrête ton cinéma. »

Et puis un jour, tout bascule. J’ai franchi la ligne, je suis passée de l’autre côté.

Je dois me faire retirer un bout de placenta qui est resté dans mon utérus. J’ai accouché par césarienne, c’est normalement impossible. Mais ça m’arrive. 4 mois après mon accouchement, anesthésie générale, l’opération se passe très bien, 20 minutes après je suis en salle de réveil.

Mais je ne me réveille pas.


7 crises convulsives, on me place dans un coma artificiel. Je suis en réanimation.

Mon mari pense que je vais mourir, ma mère pense avoir perdu sa fille.

Je me réveille, mais je suis incohérente, j’ai du mal à parler, je ne bouge pas mon bras gauche, je ne me souviens même pas de Louis.

Pour moi nous sommes toujours le 18 janvier. Nous sommes en réalité le 23. Je pense que nous sommes en 1990, que Louis est un roi et que c’est aussi le prénom de mon grand-père. Je n’ai pas d’enfant. Notre président de la République est Valéry Giscard d’Estaing.

Des dizaines et des dizaines de tests sont réalisés tous les jours. On pense à un AVC, puis à une tumeur du cerveau, tout est écarté.

Un psychiatre me consulte après plusieurs jours, pour lui c’est sans appel . Je fais une dépression du post-partum.

Lors de la consultation, je me rappelle que j’ai un fils, je me rappelle de Louis.

Pour le psychiatre c’est très clair. Mon cerveau a voulu se mettre en veille à la suite de l’anesthésie générale. Il a simplement voulu se reposer, il n’a pas voulu se réveiller.

 Il était en surchauffe depuis trop de mois, le manque de sommeil, le stress, les angoisses l’ont poussé à faire une pause. Pour survivre.

Mon mari se prend toutes ces explications en plein visage. Je l’avais pourtant alerté, je lui avais pourtant dit que j’étais fatiguée. J’aurais pu mourir à cause de ces oeillères. Il s’en veut. Je lui en veux aussi.

Je sors de l’hôpital, mais le psychiatre veut me faire interner, pour que je puisse me reposer.

Il en est hors de question, je ne suis pas une folle, pour moi les hôpitaux psychiatriques sont pour les fous CLICHÉ, je veux voir mon enfant, il est déjà resté trop de temps sans sa mère. Alors je m’échappe. Mon mari, ma mère et mon frère sont là. Ma soeur garde Louis. Ils n’ont pas de choix que de me suivre, de m’escorter jusqu’à la maison.

L’hôpital psychiatrique est à 500 mètres de chez moi.

Je titube, je suis complètement droguée par les médicaments, mon cerveau n’est pas encore ultra connecté, mais je n’ai qu’un seul objectif, retrouver mon fils, le serrer dans mes bras, et lui dire que maman est désolée.

J’arrive à la maison, mon fils dort.

Je rentre dans sa chambre, je le vois dans son petit lit, tout apaisé, je me fige.

Une énorme vague d’émotion m’envahit, la même que le jour de sa naissance. Je l’aime, c’est mon fils, c’est ma chair, c’est mon amour, c’est mon tout.

Il doit sentir ma présence, se réveille, me regarde. Ne pleure pas. Ne bouge pas.

Il me tend juste sa petite main et me sourit.

Je lui embrasse les doigts, le bout du nez, le front. Je lui dis que maman l’aime, que maman ne l’abandonnera plus jamais. Il se rendort instantanément.

Le chemin contre la dépression a été long, 18 mois. 18 mois de haut et de bas, d’envie de hurler, de pleurs, de cris. De traitements.

Mais aussi de moments intenses, de bonheurs indescriptibles.

Mais au moins je savais. Je savais que ce qui causait cet état, mes sautes d’humeurs, c’était la maladie. Ce n’était pas mon fils, et ce n’était pas de ma faute.

J’ai eu la chance d’être très bien entourée par ma famille, mes amies.

Nous avons déménagé, nous avons quitté Paris pour nous installer à Aix-en-Provence. Envie de tourner la page, de nous recentrer sur nous-mêmes, de réapprendre à vivre tous les trois.

J’ai rencontré une psychologue ( après avoir été suivi par deux psychiatres différents sur Paris) spécialisée dans les relations mère-enfant. Elle a été d’un soutien énorme. Elle m’a aidé à aller de l’avant.

Puis un jour je n’ai plus envie de prendre mon antidépresseur. Je n’ai plus envie de prendre mon somnifère .

J’étais guérie.

Je pense à toutes ces femmes qui sont touchées par cette maladie, mais qui ne le savent pas, qui ne sont pas soutenues, à qui on ne dit pas les choses .

Je pense à toutes ces femmes qui en arrive au pire, à se ôter la vie, à ôter la vie de leurs enfants.

Je déteste donner des conseils, mais mesdames, si vous lisez ces mots, et que vous vous sentez dépassées, que vous vous sentez fatiguées, parlez-en.

Un baby blues ne survient que quelques heures à quelques jours après l’accouchement et ne dure que quelques heures, quelques jours.

Parlez à votre médecin de famille, parlez à un psychologue, demandez à voir un psychiatre. Si cette fatigue, ces coup de blues surviennent plus tard, et dure plus longtemps, ce n’est pas un baby blues.

Ne restez pas seules avec cette souffrance.

 Non les psychiatres ne sont pas que pour les fous. Non les psychiatres ne sont pas que pour les malades mentaux.

Il faut qu’on arrête avec ce cliché, qui fait encore beaucoup trop de victimes aujourd’hui.

Et si vous êtes professionnels de santé, sage-femme, puéricultrice, médecin, parlez-en à toutes vos patientes.

 Sensibilisez les sur le sujet de la dépression du post-partum, dites-leurs que ça peut arriver, dites-leurs qu’elles peuvent malheureusement être touchées. Et qu’au moindre doute elles puissent venir vous en parler.

Ne les laissez pas seules comme je l’ai été.

PATIENTEZ
MERCI!

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