L’ALOE VERA: QUE NOUS CACHE CE JUTEUX MARCHÉ?

L’ALOE VERA, PAS SI VRAIE QUE ÇA…!

L’aloe vera est un ingrédient incontournable de la naturo-cosmétique. Hydratant, apaisant, cicatrisant, régénérant, il est l’ingrédient ultra à la mode du moment. Il est composé de 98% d’eau et de 2% de principes actifs, eux-mêmes composés de près de 200 substances actives. Son eau est également riche en minéraux, et forme une synergie exceptionnelle avec les substances actives. Bien qu’il faille faire attention à l’aloïne qu’il contient (puissant laxatif, irritant et cancérigène suspecté), le gel d’aloe vera est un véritable trésor pour la peau.

Mais comme pour toutes les modes, cet ingrédient souffre de sa popularité, faute aux fournisseurs, laboratoires et marques cosmétiques qui veulent en tirer toujours plus de profits.

CANCÉRIGENE ALLERGÈNE ET PHOTOSENSIBILISANT?

L’aloïne (liquide jaune marron) qui coule dans la partie intérieure des feuilles d’aloe vera, est cancérigène par voie interne et à très forte dose. C’est pourquoi nous ne devrions jamais boire un jus d’aloe vera qui n’a pas été filtré (dans le commerce toutes les boissons sont filtrés, sinon elles seraient impropres à la consommation). En revanche, c’est cette même aloïne qui permet de conférer au jus d’aloe vera son pouvoir laxatif. Utiliser du gel d’aloe vera pour aller à la selle peut être conseillé mais sur une courte durée, et en étant accompagné par son Naturopathe. Evitez l’auto médication, même naturelle.

C’est également cette aloïne qui peut créer des irritations et dermatites de contact (allergies). N’utilisez jamais un jus de feuille entière mixée pour faire un soin cosmétique maison, mais utilisez seulement la pulpe en faisant attention de ne pas récupérer le latex. Certaines personnes sont si sensibles à l’aloïne qu’elles réagissent malheureusement à cette substance même à l’état de trace.

Le gel d’aloe vera peut, selon les individus, être photosensibilisant (c’est à dire créer des irritations au soleil) c’est pourquoi il est déconseillé d’appliquer du gel d’aloe lors d’une exposition directe au soleil.

LA CULTURE DE L’ALOE VERA

L’aloe vera utilisé en cosmétique vient principalement du Mexique. On peut également trouver du gel venant d’Asie, d’Afrique du Nord, du Moyen Orient et d’Espagne mais la culture Mexicaine est vraiment la source principale d’aloe vera cosmétique.

Depuis quelques mois l’aloe vera se cultive aussi en France, plus précisément en Bretagne, par la société Esprits Safran and cie. J’ai contacté les propriétaires de l’exploitation, qui m’ont indiqué ne pas pouvoir fournir l’industrie cosmétique pour le moment, puisqu’ils ne vendent que les feuilles d’aloe vera entières et non pas le jus natif extrait de la plante.

L’aloe vera provenant du Mexique pose trois problèmes majeurs:

1- Le bilan carbone pour rapatrier les bidons de gel d’aloe vera est incroyablement élevé : comptez 1.30 tonne de CO2 pour un seul voyage en avion (calculé ici), et de 10,1 à 32,5 g de CO2 par tonne-kilomètre pour des cargos porte-conteneurs. Sans parler du carburant et autres polluants liés à ces modes de transport.

2- le traitement des agriculteurs et autres personnes travaillants sur les exploitations font froid dans le dos:

J’ai pu en discuter avec A. , Mexicaine vivant à La Independencia, commune rurale Mexicaine de 450 habitants. Ce village vit principalement de la culture de l’aloe vera, comme d’autres villages Mexicains.

Malheureusement, les conditions de travail y sont déplorables, voire inhumaines. Les journées de travail sont en moyenne de 12h, sans couverture sociale ou médicale. Si l’ouvrier est malade et manque une journée de travail, c’est la moitié de son salaire qui est retenu. « Les travailleurs de champs et entreprises ne permettent à leurs familles de vivre qu’avec un salaire minimum qui couvre à peine leurs besoins minimaux. (…) Les conditions de travails sont très lourdes pour les personnes qui restent plusieurs heures au soleil (ndlr : la température maximale avoisine les 46 degrés à l’ombre en été) » se confiait A.

En 2019, le salaire minimum Mexicain était de 3.123,2 SMN soit 138,9 €. Les paysans qui cultivent les champs d’aloe vera gagnent très souvent bien moins que ce salaire minimum…

Les habitants de la ville de Jaumave ont également poussé un cri de détresse dans une tribune de 2019, dans laquelle ils accusent les propriétaires des champs et usines d’aloe vera d’exploiter les paysans dans une sorte d’esclavage des temps modernes.

Ils accusent également ces propriétaires de polluer les nappes phréatiques avec les écorces d’aloe vera, d’utiliser des quantités démesurées d’eau alors que la région en manque cruellement, et de détruire les routes et infrastructures environnantes avec le ballet incessant des camions remplis de gel d’aloe.

3- Le gel d’aloe vera est une matière première très sensible. Pour garantir sa conservation lors du transport qui peut être de plusieurs semaines, les fournisseurs ajoutent des conservateurs qui peuvent être très irritants pour notre peau, toxiques pour l’environnement et qui sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens : phenoxyethanol, BHT etc…

INCI DE L’ALOE VERA

Afin d’éviter d’avoir recours à ces conservateurs puissants, de payer plus cher pour un transport qui respecte toutes les conditions nécessaires à la bonne conservation du produit, ou de se fournir chez un agriculteur plus proche que le Mexique et aux normes Européennes, nombreuses sont les marques qui utilisent de la poudre d’aloe vera.

Cette poudre provient de la feuille entière déshydratée et pulvérisée d’aloe vera. Or, c’est dans le latex présent dans la peau de la feuille que se concentre la fameuse aloïne, cette substance allergisante (dermatite de contact) et cancérigène (par voie interne) .

Pour être utilisée, cette poudre doit être reconstituée avec de l’eau, qui n’a pas les mêmes propriétés que l’eau présente naturellement dans la pulpe d’aloe vera. Cette eau de remplissage, inerte, devient alors l’ingrédient principal du produit cosmétique.

Jusqu’alors les marques avaient le droit de mentionner « aloe barbadendis leaf extract » pour parler de la poudre d’aloe vera reconstituée ou du gel natif d’aloe vera, sans distinction. Mais la DGCCRF a imposé aux marques utilisant de la poudre de noter « aqua » en premier ingrédient puis « aloe barbadendis leaf powder extract » dans leurs listes INCI. En effet, comme on peut le lire sur la fiche pratique de la DGCCRF :

« Afin de ne pas être trompeur pour le
consommateur, l’utilisation de gel ou jus d’aloe
vera reconstitué à partir de poudre doit
mentionner explicitement en début d’étiquetage
l’ajout d’eau de reconstitution. Le jus d’aloe vera
frais revient significativement plus cher que le
gel reconstitué à partir de poudre. »

Concernant l’autre appellation connue « aloe barbadendis leaf juice », il existe plusieurs types d’extractions : soit la pulpe est retirée de l’écorce puis mixée, soit toute la feuille est mixée, puis filtrée, purifiée et décolorée avec des solvants pour retirer l’aloïne et le rendre propre à la consommation. Ce deuxième procédé altère fortement la qualité du jus. En revanche, rien n’oblige les marques de mentionner s’il s’agit de la première ou de la deuxième méthode d’extraction, ni de mentionner la présence de trace d’aloïne dans le produit fini.

Les marques ayant recours à la première méthode ont tendance à s’en venter dans leur discours marketing, contrairement aux marques utilisant le jus de la feuille entière.

Lorsque vous choisissez votre gel d’aloe vera vérifiez toujours sa composition, préférez un gel natif, issu de l’extraction de la pulpe.

J’ai mis une sélection de gels dans chacune de mes routines afin de vous aider à faire votre choix.

ALOE, AU FINAL, CLEAN OU NOT CLEAN ?

L’aloe vera est et restera mon ingrédient chouchou, à condition que sa qualité soit maximale. À nous, consomm’acteur, de vérifier sa provenance, de regarder sa liste INCI (vous pouvez vous aider de mon tableau juste ici), et de faire un choix éclairé.

Attention aux gel très jaunes, qui contiennent bien souvent de l’aloïne à forte dose.

Je n’ai toujours pas trouvé le gel qui regroupe toutes ces qualités, mais je ne désespère pas d’un jour trouver la perle .

SOURCES

https://www.esprit-safran-et-cie.com/
http://www.bien-et-bio.info/aloe-vera-ou-trouver/
https://es.m.wikipedia.org/wiki/La_Independencia_(Las_Moritas)
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/14/un-cargo-pollue-t-il-autant-que-toutes-les-voitures-francaises_5383604_4355770.html
http://eldecidor.com.mx/sabileros-de-jaumave-son-explotadores-chupa-sangre-y-hambreadores/
https://www.fishersci.fr/chemicalProductData_uk/wercs?itemCode=10296460&lang=FR
https://www.aloemagazine.com/composition-aloe-vera/
https://www.aloemagazine.com/aloine-et-seve-aloe-vera/
https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/documentation/fiches_pratiques/fiches/etiquetage-produits-cosmetiques.pdf
https://aloelabs.com/the-differences-between-inner-leaf-and-leaf-aloe-vera-juices/

PATIENTER…
MERCI POUR VOTRE ABONNEMENT!

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